Face à un arrêt cardiaque, chaque seconde compte.
Pourtant, lorsqu’une personne est témoin d’un arrêt cardiaque, plusieurs questions peuvent provoquer une hésitation :
« Et si je fais mal ? »
« Et si je blesse la victime ? »
« Est-ce que je risque quelque chose ? »
« Et c’est une femme ? est ce que je peux faire un massage ? »
Cette dernière question peut sembler surprenante. Pourtant, plusieurs études ont mis en évidence des différences dans la fréquence à laquelle une réanimation cardio-pulmonaire (RCP) est réalisée par les témoins chez les femmes et chez les hommes victimes d’un arrêt cardiaque extrahospitalier.
Alors, pourquoi cette différence ?
Et surtout, comment faire en sorte que la présence d’une poitrine ne devienne jamais un frein à un geste qui peut sauver une vie ?
C’est une question que j’ai choisi d’aborder directement dans mes formations SST, notamment grâce à l’utilisation d’un mannequin équipé d’une poitrine réaliste.
Parce que former aux gestes qui sauvent, c‘est aussi apprendre à dépasser ses appréhensions pour oser agir.
Arrêt cardiaque chez la femme : une réalité encore trop méconnue
L’arrêt cardiaque peut toucher aussi bien les hommes que les femmes.
Lorsqu’une personne est victime d’un arrêt cardiaque extrahospitalier, la rapidité de la prise en charge est essentielle. En attendant l’arrivée des secours, la réanimation cardio-pulmonaire et l’utilisation d’un défibrillateur peuvent jouer un rôle déterminant.
Pourtant, certaines études montrent que les femmes ne bénéficient pas toujours d’un massage cardiaque par un témoin aussi souvent que les hommes.
Une étude néerlandaise publiée en 2019 dans European Heart Journal, portant sur 5 717 arrêts cardiaques extrahospitaliers pris en charge par les secours, a constaté qu’une tentative de réanimation par un témoin était moins fréquente chez les femmes : 67,9 % contre 72,7 % chez les hommes.
Même lorsque l’arrêt cardiaque était directement observé, une différence persistait : 69,2 % chez les femmes contre 73,9 % chez les hommes.
Une autre étude américaine publiée en 2021 dans Resuscitation, portant sur près de 150 000 arrêts cardiaques extrahospitaliers, a également retrouvé une différence : une RCP réalisée par un témoin dans 51,59 % des cas chez les femmes contre 53,17 % chez les hommes.
Ces études ne permettent évidemment pas de dire que toutes les femmes reçoivent moins souvent une RCP.
Les circonstances de l’arrêt cardiaque, le lieu où il survient, la présence d’un témoin et de nombreux autres facteurs peuvent intervenir.
Mais ces résultats posent une question importante :
Pourquoi peut-on hésiter davantage à intervenir lorsqu’une femme est victime d’un arrêt cardiaque ?
Pourquoi certaines personnes hésitent-elles à masser une femme ?
Une étude publiée en 2019 dans la revue Circulation s’est intéressée aux perceptions du public concernant cette différence entre les femmes et les hommes.
Parmi les raisons évoquées par les participants figuraient notamment la gêne liée au fait de toucher ou d’exposer la poitrine, la peur d’être accusé d’un comportement déplacé, ainsi que certaines représentations concernant le corps féminin.
Il faut toutefois rester prudent dans l’interprétation de ces résultats.
Cette étude s’intéresse aux perceptions et aux raisons déclarées par les participants. Elle ne permet pas d’affirmer que ces facteurs expliquent à eux seuls les différences observées dans les études sur les arrêts cardiaques.
Mais cette question mérite d’être abordée en formation.
Parce qu’en situation d’arrêt cardiaque, quelques secondes d’hésitation peuvent avoir des conséquences importantes.
C’est précisément pour cette raison que j’ai choisi d’ajouter une poitrine réaliste à certains de mes mannequins SST.
Ce n’est pas un gadget. C’est un outil pédagogique. En formation il est facile d’expliquer la pratique d’un massage cardiaque, encore plus sur un torse sans poitrine. Mais dans l’urgence du réel…
Dans mes formations, la présence de cette proitrine provoque des réactions diverses, parfois de la gêne et de l’appréhension chez certaines personnes. C’est une belle occasion d’aborder cette situation avant d’être confronté à une véritable urgence.
Le message est simple :
Une poitrine ne doit jamais être un obstacle à un massage cardiaque.
Lors d’une réanimation cardio-pulmonaire, les compressions thoraciques sont réalisées au centre du thorax, sur le sternum.
La présence d’une poitrine ne change pas le principe du geste.
Une femme victime d’un arrêt cardiaque doit bénéficier des mêmes réflexes de secours qu’un homme.
On intervient. On alerte. On masse. On défibrille.
Que faire face à un arrêt cardiaque chez une femme ?
Les premiers réflexes sont les mêmes, que la victime soit une femme ou un homme.
Si une personne est inconsciente et ne respire pas normalement, il faut agir rapidement :
- Protéger la victime, soi-même et les personnes présentes.
- Alerter les secours en appelant le 112.
- Commencer la réanimation cardio-pulmonaire, notamment les compressions thoraciques.
- Utiliser un défibrillateur automatisé externe (DAE) s’il est disponible.
- Suivre les instructions des secours jusqu’à leur arrivée.
Le DAE est conçu pour guider l’utilisateur et analyser le rythme cardiaque afin de déterminer si un choc électrique est nécessaire. Il n’est donc pas nécessaire d’être médecin pour utiliser un défibrillateur.
Le plus important : ne pas rester spectateur.
Face à un arrêt cardiaque, il vaut mieux commencer les gestes de secours et se laisser guider par les services d’urgence que rester paralysé par la peur de mal faire.
Faut-il déshabiller une femme pour pratiquer un massage cardiaque ?
La priorité, face à un arrêt cardiaque, est de ne pas perdre de temps inutilement.
La présence de vêtements ou la gêne liée à la poitrine ne doit donc pas empêcher de commencer la réanimation.
Lorsqu’un défibrillateur est disponible, il faut en revanche pouvoir positionner correctement les électrodes conformément aux indications du DAE. Cela peut nécessiter de dégager suffisamment le thorax.
L’objectif n’est pas de déshabiller inutilement la victime.
L’objectif est de permettre la réalisation correcte des gestes de secours et l’utilisation du défibrillateur sans perdre de temps.
Que dit la loi du 3 juillet 2020 sur le citoyen sauveteur ?
Une autre raison peut expliquer l’hésitation à intervenir :
la peur des conséquences juridiques.
« Et si je fais mal ? »
En France, la loi n° 2020-840 du 3 juillet 2020 a créé le statut de citoyen sauveteur et renforcé le cadre juridique applicable aux personnes qui portent volontairement assistance à une personne en situation de péril grave et imminent.
Ces dispositions figurent aujourd’hui à l’article L.721-1 du Code de la sécurité intérieure.
La personne qui intervient volontairement pour porter secours bénéficie du statut de citoyen sauveteur et est considérée comme un collaborateur occasionnel du service public.
Dans l’attente des secours, le citoyen sauveteur réalise les gestes de premiers secours nécessaires, notamment, lorsque cela est indiqué, les compressions thoraciques avec ou sans utilisation d’un défibrillateur.
Consulter l’article L.721-1 du Code de la sécurité intérieure sur Légifrance
Le citoyen sauveteur est-il protégé s’il fait une erreur ?
La protection prévue par la loi n’est pas une immunité absolue.
L’article L.721-1 précise que les diligences normales sont appréciées en tenant compte de l’urgence de la situation et des informations dont disposait le citoyen sauveteur au moment de son intervention.
Le texte prévoit également une exonération de responsabilité civile lorsque l’intervention provoque un dommage, sauf en cas de faute lourde ou intentionnelle.
Cela signifie qu’une personne témoin d’un arrêt cardiaque n’a pas besoin d’être un professionnel de santé pour commencer les gestes de secours.
Elle doit agir au mieux de ses capacités, dans le contexte d’urgence et avec les informations dont elle dispose.
Vous n’avez pas besoin d’être parfait pour sauver une vie.
Vous devez surtout oser agir.
Pourquoi intégrer cette réalité dans une formation SST ?
Une formation SST ne doit pas uniquement apprendre une succession de gestes techniques.
Elle doit également permettre aux stagiaires de développer les bons réflexes et la confiance nécessaires pour intervenir.
Cela signifie aussi travailler sur les freins psychologiques :
- la peur de mal faire ;
- la peur de blesser ;
- la peur du regard des autres ;
- la gêne face au corps de la victime ;
- la peur de toucher une personne du sexe opposé ;
- l’appréhension face à une situation impressionnante.
Ces réactions sont humaines.
Mais c’est justement avant l’urgence qu’il faut apprendre à les dépasser.
C’est pour cela que la pratique occupe une place importante dans mes formations SST : mannequins, mises en situation, simulations et répétition des gestes permettent de transformer les connaissances en réflexes.
Sources juridiques
- Loi n° 2020-840 du 3 juillet 2020 visant à créer le statut de citoyen sauveteur, lutter contre l’arrêt cardiaque et sensibiliser aux gestes qui sauvent.
Consulter la loi sur Légifrance - Article L.721-1 du Code de la sécurité intérieure : statut du citoyen sauveteur, réalisation des gestes de premiers secours, compressions thoraciques et utilisation éventuelle d’un défibrillateur automatisé externe, ainsi que règles relatives à la responsabilité civile.
Consulter l’article L.721-1 sur Légifrance - Article 223-6 du Code pénal : dispositions relatives à l’omission de porter secours à une personne en péril, sous réserve de l’absence de risque pour le sauveteur ou les tiers.
Consulter l’article 223-6 du Code pénal sur Légifrance
Sources scientifiques
Blom MT, Oving I, Berdowski J et al.
Women have lower chances than men to be resuscitated and survive out-of-hospital cardiac arrest.
European Heart Journal, 2019;40(47):3824–3834.
DOI : 10.1093/eurheartj/ehz297.
Consulter l’article scientifique sur European Heart Journal
Souers A, Zuver C, Rodriguez A et al.
Bystander CPR occurrences in out of hospital cardiac arrest between sexes.
Resuscitation, 2021;166:1–6.
DOI : 10.1016/j.resuscitation.2021.06.021.
Consulter l’article scientifique sur ScienceDirect
Perman SM, Shelton SK, Knoepke C et al.
Public Perceptions on Why Women Receive Less Bystander Cardiopulmonary Resuscitation Than Men in Out-of-Hospital Cardiac Arrest.
Circulation, 2019;139(8):1060–1068.
DOI : 10.1161/CIRCULATIONAHA.118.037692.
Auteurs
Eric Morhange